« Je me vois comme un étranger dans un pays, un allogène parmi un peuple. Mais toute la terre est ma patrie et la famille humaine est ma tribu. Car j’ai vu que l’homme est faible et divisé contre lui-même. Et la terre est étroite, et dans sa folie, elle se découpe en royaumes et principautés. »
Khalil Gibran, Une larme et un sourire
L’expérience de chaque être humain en découvrant un pays tel que l’Inde est sans doute très différente et personnelle. Selon la nature et le but de sa visite bien sûr, selon également l’image de soi et de ses propres insuffisances, que nous renvoie la multitude de situations d’injustices économiques et sociales, dont tout visiteur est le témoin malgré lui.
Je me souviens du témoignage émouvant de mon dernier employeur, dans le restaurant parisien où je travaillais avant mon départ, dont l’expérience en Inde avait été la plus éprouvante de toute sa vie. S’il est d’ordinaire impossible d’adorer et d’exécrer quelque chose simultanément, l’Inde – terre de contrastes si prononcés - est sûrement le lieu où cela devient presque possible…
Ma situation n’a rien de difficile en soi et l’environnement de l’ONG dans laquelle je travaille m’offre sans doute le meilleur des traditions indiennes, en m’aidant à oublier le pire ! Tout n’est pas rose bien sûr et la vie des gens ici est bien loin de celle des personnages de Bollywood ! Oui, les amies indiennes avec qui je vis ont seulement 25-30 ans mais ont déjà été mariées et forcées de fuir un mari violent. Oui, certaines des stagiaires à l’Institut souffrent de polio mais n’ont jamais reçu aucun soin particulier et se déplacent à l’aide d’un simple morceau de bois pour les plus chanceuses, ou en se traînant parterre pour les autres (pas de fauteuil roulant dans les villages). Oui, la plupart de ces jeunes filles ont 16-20 ans et vont devoir épouser dans quelques mois un homme qu’elles n’ont jamais rencontré. Mais les unes comme les autres font preuve d’un courage et d’une détermination exemplaire, et je n’ai aucun doute sur la capacité de ces jeunes femmes des villages, à devenir des volontaires et agent de changement social au sein de leurs communautés rurales et tribales !
Quant à mon propre sentiment d’impuissance par rapport à certaines choses, je le gère tant bien que mal depuis le début, il me renvoie tout simplement à mes faiblesses d’être humain ! Mais après m’être inutilement torturée pendant un mois et demi, j’arrive aujourd’hui à accepter ce que je suis et à reconnaître le fait que chacun n’est responsable en dernier ressort que de sa propre vie. J’agis donc à mon niveau et essaye d’apporter de la joie à toutes ces femmes merveilleuses qui m’entourent, je ne donne pas d’argent aux enfants vivant dans ma rue, que je croise quotidiennement, mais les salue avec amour et essaye de les faire rire, etc.
J’aime beaucoup l’écrit de Khalil Gibran cité ci-dessus, c’est exactement ce que je ressens ici, où je ne me suis pas sentie une seule fois « étrangère » ! Baha’u’llah l’a aussi dit clairement, il y a un siècle et demi, dans un contexte pourtant si différent de celui qu’offre la globalisation aujourd’hui :
« La Terre n’est qu’un seul pays, et tous les hommes en sont les citoyens. »
Demain, jeudi 8 mars, aura lieu la journée internationale de la femme. Nous la célébrons depuis deux jours déjà à l’Institut, au moyen d’un séminaire de trois jours sur de nombreux thèmes reliés aux femmes, tels que l’importance que l’éducation des femmes deviennent une priorité, qu’elles aient accès aux soins, etc. Bref, que la pleine égalité entre femmes et hommes soit réalisée à tous les niveaux !
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