Etre femme ET choisir son rôle dans la société?
Aujourd'hui, 8 mars, la journée internationale de la femme est célébrée un peu partout à travers le monde. Certains pays y accordent visiblement beaucoup plus d'importance que d'autres, et l'Inde en fait partie. C'est du moins mon impression (qui peut être biaisée par la nature de mon travail ici), car cela fait trois jours que les journalistes locaux et nationaux défilent à l'Institut pour écrire des articles sur cette journée mondiale, sans même qu'aucun d'entre eux n'ait été invité ni informé que nous célébrions l'événement ! Et puis la radio que ma colloc' écoute passe toutes les 15 minutes environ un petit flash « Happy women's day ! » Je ne me souviens pas avoir ressenti un tel intérêt des médias en France, où cette journée était surtout l'occasion pour les ONG de rappeler qu'il y avait encore du pain sur la planche - même chez nous - et que les femmes restaient les premières victimes de violence et, pour nos chers ministres de s'offrir un bon déjeuner avec quelques personnalités publiques féminines... Mais rien de plus et, je me souviens aussi et surtout avoir entendu mes amis de sexe masculin rire grassement sur des blagues sexistes à l'occasion de cette journée, sans vraiment en comprendre le sens ou l'importance? Pardonnez-moi si je me trompe !
Ici à Indore, en tant que jeunes femmes occidentales, nous (les quelques volontaires à l'Institut) avons inévitablement attiré les médias, ce qui était assez difficile à gérer au départ, car certains n'avaient pas de bonnes intentions du tout? Et puis, la seule raison de notre venue en Inde est de participer au développement de l'Institut et de la condition des jeunes filles d'origine rurale et tribale, et non de faire la une d'un journal ! Cependant, les journalistes étaient souvent plus intéressés de nous prendre en photo et de nous entendre parler de la situation des femmes en Inde (nous qui y connaissons si peu de choses), plutôt que d'interviewer directement les filles des villages ! Nous essayons donc de détourner leur intérêt - refusant de prendre des photos sans les jeunes filles - et de ramener la conversation à l'essentiel : le rôle majeur de ces jeunes femmes dans le progrès économique et social de leur communauté. Mais le problème reste que la plupart des articles sont en hindi et que nous avons donc du mal à contrôler ce qui est écrit !
Nous avons aussi été interviewées par des journalistes de Sahara TV, une chaîne nationale, hier. Je ne tenais pas vraiment à faire cette interview, car mon anglais hésitant venant s'ajouter à une extinction de voix et à la fatigue d'une journée de jeûne, je savais que ça ne serait pas terrible et indeed, je crois c'était vraiment moche ! Anyway, je vais sûrement être coupée au montage, ou au pire, passer au zapping indien comme la western girl avec la voix de terminator !
Pour en revenir au contenu de cette journée internationale à l?Institut Barli, elle s'insérait dans le cadre d'une formation de trois jours sur l'empowerment des femmes, à travers l'alphabétisation, l'importance de l'accès aux soins, etc. Une journée entière était consacrée à l'utilisation de l'énergie solaire, comme moyen de préserver l'environnement et ses ressources naturelles, mais aussi d'améliorer la vie quotidienne des femmes en zone rurale. J'avoue ne pas être passionnée par la façon de construire les solar cookers (ça a l'air simple lorsque l'on voit le produit fini, mais cela résulte en réalité d'un calcul compliqué en terme d'orientation de chaque partie de l'engin pour capturer l'énergie solaire et la concentrer en un point central où le récipient est déposé ! ) mais par contre, les enjeux sociaux de l'apport d'un tel modernisme au sein des communautés rurales sont vraiment intéressants ! C'est fou d'entendre que le premier obstacle au développement de l'utilisation de l'énergie solaire dans les villages est l'opposition des hommes, qui craignent qu'en facilitant la vie de leurs femmes et filles (plus besoin de ramasser du bois des heures durant, de s'enfermer dans une maison enfumée toute la journée, etc.), celles-ci pourront accéder à une éducation, auront le temps de développer leur réflexion, de s'émanciper et s'en iront..
Personnellement, je ne me sentais pas de faire un discours devant tout le monde, comme cela m?avait été demandé, à l'occasion de cette journée. J'ai donc essayé d'apporter une touche artistique à l'évènement, en apprenant à certaines stagiaires des chansons en anglais sur l'égalité homme/femme (que j'avais apprises au Cameroun il y a 5 ans lors d'un autre projet !), qu'elles ont présentées lors de l'ouverture de la journée. J'ai aussi conduit avec une amie un petit atelier sur la construction de maquettes de solar cookers, à partir de matériaux recyclés à l'issue duquel les jeunes filles devaient exprimer leur opinion concernant les changements que l'énergie solaire peut apporter dans leur vie. C'était vraiment drôle à faire, les jeunes filles ont beaucoup aimé et cela alternait avec tous les discours formels et théoriques des trois derniers jours.
Pour terminer la journée, nous étions invitées avec mes amies volontaires à visiter l?école/internat privé Daly College où l'une de nos amies enseigne. Cette école accueille les enfants des classes sociales les plus élevées à travers le pays (le coût à l'année est de 200 000 roupies), tout y est magnifique, il y a un temple et une mosquée, des énormes terrains de cricket, courts de tennis, salles de squash et de musculation, une piscine de taille olympique, des petits parcs pleins de fleurs et de statuettes, etc. J'avoue que mes préjugés à l'encontre des écoles privées en ont pris un coup, tellement l'atmosphère de cette école semblait propice au développement intellectuel, physique et moral ! Les élèves commencent leur journée à 6h30 par un entraînement physique intensif et doivent se plier à de strictes règles de vie, ce qui me semble positif lorsque l'on vient d'une famille très riche ! Enfin, il y avait quand même un énorme décalage avec ce que l'on peut vivre à l'Institut Barli, et je crois plus en ce dernier projet pour changer la société !
On nous a demandé de parler avec les 86 jeunes filles internes, à l'occasion de la journée internationale de la femme. Après un discours un peu formel on a pu échanger plus personnellement avec elles et c'était très intéressant ! J'ai quand même était impressionnée par la réponse de toutes ces jeunes filles de « bonnes familles » lorsque Vicky leur a posé la question : « Si une famille ayant deux enfants, une fille et un garçon, n'a assez d'argent que pour envoyer un seul à l'école, doit-elle favoriser la fille ou le garçon ? » Presque toutes ont répondu spontanément « le garçon », « Parce que les garçons sont plus intelligents », « ils comprennent plus vite », etc. L'une de nous a alors expliqué que la fille étant appelée à devenir mère et à être la première éducatrice de la future génération, elle devait recevoir une éducation en priorité, contribuant ainsi plus efficacement à éduquer et améliorer la société...
Nous avons terminé cette journée bien remplie autour d'un super repas chez l'amie qui est prof dans cette école. Une belle conclusion après quelques jours riches en émotions !
(ci-dessous les paroles de l'une des chansons d?ouverture de la journée internationale de la femme)
With two wings, we can soar in the air
With two wings, we can go almost anywhere
With two wings, we can sail to the sky
With two wings, we can fly...
I am one wing, sister and mother,
By myself all I can do is flutter
I am only one wing I need the other
For the dove of peace to fly
I am one wing, brother and father,
By myself all I can do is flutter
I am only one wing I need the other
For the dove of peace to fly